Griffes ou orteils en Marteau
La griffe d’orteil est une déformation fréquente des orteils du pied qui peut devenir invalidante avec le temps. Si elle paraît bénigne au début, elle peut évoluer vers des douleurs persistantes, une gêne au chaussage et une atteinte de la qualité de vie.
Grâce à une prise en charge adaptée, il est possible de soulager efficacement les symptômes et de corriger la déformation, lorsque cela s’avère nécessaire.
Qu’est-ce que la griffe d’orteil ?
La griffe d’orteil désigne une déformation caractérisée par une flexion et/ou une extension anormale des articulations d’un ou plusieurs orteils. Concrètement, l’orteil se recroqueville vers le sol, prenant une forme arquée. Il devient rigide et perd sa capacité à s’étendre normalement. On l’appelle aussi doigt en marteau. On observe généralement une flexion de l’articulation interphalangienne proximale (au milieu de l’orteil), associée ou non à une extension de l’articulation métatarso-phalangienne (à la base de l’orteil).
Cette déformation peut concerner un seul orteil ou plusieurs. Le 2e orteil est le plus souvent touché, notamment chez les personnes présentant un hallux valgus.
La griffe d’orteil résulte le plus souvent d’un déséquilibre entre les muscles qui fléchissent et ceux qui étendent les orteils. Ce déséquilibre peut être lié à différentes causes (forme du pied, chaussage, polyarthrite, poly neuropathie, traumatisme)
Les deux stades évolutifs des griffes d’orteil
La griffe d’orteil évolue généralement en deux phases :
Stade réductible
Au début, la déformation reste souple. L’orteil peut encore être remis en position normale manuellement. Ce stade est propice à un traitement conservateur, notamment par orthèses ou semelles. En cas d’indication chirurgicale, le geste de correction est généralement léger.
Stade fixe
Avec le temps, la déformation s’installe de manière permanente. L’orteil devient rigide, les articulations perdent leur mobilité et les douleurs s’intensifient. À ce stade, la chirurgie est souvent envisagée pour corriger la position de l’orteil et améliorer le confort au quotidien. Le geste de correction est alors plus important.
Quels sont les symptômes de la griffe d’orteil ?
La griffe d’orteil peut provoquer différents types de symptômes, qui varient selon l’intensité de la déformation :
- Gêne dans le chaussage : L’orteil déformé frotte contre l’intérieur de la chaussure, ce qui entraîne des douleurs, notamment sur le dessus de l’articulation.
- Cors, durillons ou callosités : La pression excessive entraîne un épaississement de la peau (souvent dorsale), douloureux à la marche.
- Douleurs plantaires : L’appui du pied devient déséquilibré, ce qui surcharge la plante du pied.
- Irritation ou inflammation : Le frottement répété peut provoquer une rougeur, un gonflement, voire une bursite.
Avec le temps, les douleurs peuvent devenir chroniques et gêner les activités quotidiennes.
Comment soigner la griffe d’orteil ?
Le traitement dépend du stade évolutif de la déformation et de l’intensité des symptômes.
Traitements conservateurs
En cas de griffe réductible, plusieurs solutions permettent de soulager les douleurs et de ralentir l’évolution :
- Port de semelles orthopédiques : elles rééquilibrent les appuis et soulagent la pression sur les orteils.
- Orthèses ou séparateurs : portés dans la chaussure ou la nuit, ils maintiennent l’orteil dans une position plus fonctionnelle.
- Kinésithérapie : des exercices de mobilisation ou de renforcement musculaire peuvent aider à améliorer la souplesse.
- Adaptation du chaussage : privilégier des chaussures larges, souples et sans talons hauts.
Traitement chirurgical
Déroulement
La chirurgie est le plus souvent réalisée sous anesthésie locorégionale ou locale (la jambe, ou simplement le pied, est « endormie »). Une sédation voire une courte anesthésie générale est possible pour votre confort.
L’opération dure environ 15 à 30 minutes et est réalisée en ambulatoire, c’est-à-dire que vous arrivez et vous repartez le jour même de l’intervention, en marchant.
La technique utilisée est dite mini-invasive ou percutanée c’est-à-dire en réalisant de petites incisions de quelques millimètres ne laissant pas de cicatrices.
Une cicatrice est réalisée à la face dorsale du pied et/ou sur les petits orteils. L’os est sectionné (ostéotomie) de façon à le réaligner et/ou le raccourcir l’orteil. Les fragments osseux ne sont volontairement pas fixés avec une vis. Si besoin, les tendons raidis sont sectionnés de la même façon.
Un pansement correcteur permet de maintenir les orteils droit afin qu’ils cicatrisent dans la bonne position. Il est à garder entre 7 et 15 jours.
Suites
Jour de l’opération :
- Retour à domicile le jour même, avec utilisation de béquilles uniquement le soir de la sortie de la clinique car le pied peut être encore sous anesthésie.
- La reprise de l’appui complet est autorisée le jour même de l’opération grâce à une chaussure spéciale médicalisée qui doit être portée pendant 1 mois.
Les premiers jours :
- Les trois premiers jours, vous devez prendre des médicaments antalgiques sans attendre la survenue de douleur.
- Application de froid (cryothérapie) et maintien surélevé du pied pour limiter le gonflement (œdème).
Les premières semaines :
- Il faudra être très attentif à ne pas mouiller le pied opéré. Veillez à protéger votre pied avec une housse de protection étanche (disponible en pharmacie) lors de la douche.
15 jours après l’opération :
- Votre pansement est enlevé chez vous par un infirmier, la veille de votre premier RDV postopératoire
- Vérification de la bonne cicatrisation de la peau.
- Radiographies de contrôle pour s’assurer du maintien de la correction chirurgicale.
- Mise en place de strips pour guider la cicatrisation des orteils
- Mise en place d’une bande de contention afin d’activer la circulation veineuse et de limiter l’œdème. Une fois la cicatrisation de la peau acquise, la douche est autorisée.
60 jours après l’opération :
Une nouvelle consultation de contrôle 60 jours après l’opération permet de s’assurer de la bonne consolidation osseuse de votre pied. A la fin du premier mois, vous pourrez porter des chaussures larges et souples puis progressivement des chaussures plus fines.
La conduite est autorisée 2 semaines après l’opération, en fonction de la douleur. La reprise du travail est possible avec les chaussures médicalisées au bout de quelques jours en cas de travail sédentaire (télétravail ou travail de bureau permettant de rester assis et si besoin de garder le pied surélevé). En cas de travail physique ou de travail nécessitant de nombreux déplacements, la reprise se fait environ à la 6ème semaine avec si besoin une adaptation temporaire du poste de travail.
La reprise d’une activité physique légère est possible au bout d’un mois (vélo, natation). La reprise de la course à pied sera possible à partir du 2ème mois après l’opération.
Risques opératoire
Le taux de complications avec cette technique est faible.
Les risques sont augmentés en présence de problèmes de santé préexistants (problèmes cardiaques, troubles de la coagulation, diabète) et de tabagisme actif. Il est recommandé d’arrêter de fumer complètement avant l’opération.
Les risques incluent :
- Hématome, qui se résorbe en règle générale spontanément.
- Phlébite, pouvant entraîner une embolie pulmonaire et nécessitant un traitement anticoagulant
- Infection, est très rare dans cette chirurgie mini-invasive, inférieure à 0,5%. Sa survenue peut nécessiter une nouvelle intervention et/ou la prise d’antibiotiques.
- Irritation des nerfs qui entourent les os sectionnés peuvent être irrités lors de la chirurgie. Cette complication exceptionnelle peut être responsable de troubles de la sensibilité des orteils.
- Gonflement : Il ne s’agit pas d’une complication mais d’une suite opératoire habituelle. Cet œdème dure en moyenne 2 à 3 mois pour une opération sur un orteil. Si l’opération touche plus d’un orteil, il dure en moyenne 3 à 6 mois. Il est lié à l’importance des gestes réalisés et à l’état de vos veines (insuffisance veineuse, varices). Il peut être associé à des douleurs, une raideur et un retard à la reprise du chaussage normal et des activités. Afin de diminuer ce gonflement, il est essentiel de maintenir la bande de contention le premier mois puis d’utiliser des chaussettes ou des bas de contention. Malgré tout, le volume de l’orteil pour parfois être augmenté du fait de la cicatrisation des tissus mous
- Algodystrophie : rarement, des réactions inflammatoires post-opératoires peuvent occasionner des douleurs persistantes. Il s’agit d’une réaction anormale des nerfs au stress de la chirurgie. Une complication rare mais longue à guérir.
- Une raideur des orteils opérés est souvent la conséquence de l’immobilisation post opératoire. La rééducation précoce à J15 permet de lutter contre l’enraidissement des orteils. Une griffe souple peut regagner sa souplesse. Cependant, une griffe raide reste généralement raide après l’opération.
En plus des complications communes à toute intervention chirurgicale et des risques liés à l’anesthésie, il existe des risques spécifiques de cette chirurgie.
La consolidation osseuse demande 30 jours minimum, mais elle peut être plus longue. Plus rarement, l’os peut ne pas cicatriser et réaliser une pseudarthrose. Celle-ci est souvent indolore. En cas de gêne, une ré intervention peut être discutée.
En cas de section de tendon, celui-ci cicatrise détendu entraînant une perte de force de l’orteil. Dans les cas extrêmes ou la libération des tendons doit être totale, l’orteil peut alors être ressenti comme « mou ».
Les risques et complications de l’opération sont rares mais peuvent survenir. Il n’y a pas de risque zéro. La liste n’est pas exhaustive et une complication particulièrement exceptionnelle peut survenir, liée à l’état local ou à une variabilité technique. Toutes les complications ne peuvent être précisées, ce que vous avez compris et accepté.